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TOUT CE QUE J'AIME
vendredi 13 juillet 2007, a 18:59
"GOREE, UNE AUTRE SIBERIE"

  Quelques années plus tard, le nouveau directeur général, Pierre David, tentera, lui aussi, de dénoncer aux directeurs de Paris, cette cause majeure de la perpétuelle banqueroute des successives Compagnies.

Arrivé à Saint-Louis, dès 1732, comme sous-directeur des Livres, il possédait une connaissance approfondie des problèmes du Sénégal. "Peu de gens, écrit-il, se déterminent d'aller dans un pays où l'on n'envoyait que des malfaiteurs et des libertins outrés, pour s'en défaire honnêtement. Cette concession était regardée pour lors comme une autre Sibérie dont le climat et le libertinage enlevaient au moins toutes les années un tiers des sujets que l'on y faisait passer". Description réaliste de la concession ; mauvaise réputation des comptoirs où abondent malfaiteurs et libertins, difficultés de gérer un commerce amputé tous les ans d'un tiers de son personnel anéanti par le climat et les excés.

Bien sûr, le personnel de la concession compte aussi des commis de valeur. C'est le cas à Gorée, en 1736, de son directeur François Le Juge, et de son garde-magasin, J-B Estoupan de la Brue cousin de Pierre David. François Le Juge était, lui-même, le fils ou le frère cadet d'un autre Le Juge envoyé à Saint-Louis pour réformer les pratiques comptables et qui y fit un excellent travail.

J-B Estoupan de la Brue avait, lui aussi, un frère cadet, Blaise Estoupan de Saint-Jean, procureur du roi à Saint-Louis en 1740, conseiller au conseil général deux ans après, fondateur du fort de Podor en 1744, enfin commandant de Gorée de 1747 à 1758, tout en assurant, durant quelques mois, l'intérim de son frère à Saint-Louis.

Avant d'être directeur à Saint-louis, J-B Estoupan de la Brue l'avait été de Gorée en 1738. Son garde-magasin était, alors, l'excellent commis, Jacques Bouchard, qui passera 13 ans dans la concession dont 7 dans le difficile comptoir de Galam.

mardi 10 juillet 2007, a 21:48
LEVENS ET DELVAUX 1726-1738

  Malgré tous les règlements, détournements et prévarications se multiplient. Paris soupçonne même ses directeurs généraux de Saint-Louis, Levens (1726-1733) et Delvaux (1733-1738) de favoriser les entreprises anglaises. Levens est aussi accusé de prélever, sur la vente des hardes des défunts de la concession, 20 % en sa faveur. Il a créé un certain ordre de chevalerie qui récupère d’office à la mort d’un de ses « chevaliers », son épée d’argent, sa croix d’or et un sol par livre de la vente de ses biens.

En 1734 est, alors, institué dans une chacune des trois concessions, Saint-Louis, Gorée, Galam, un conseil général composé du directeur, du sous-directeur et du garde-magasin. Celui de Saint-Louis supervisant les deux autres. Le conseil contrôle tous les employés, y compris le directeur et surtout le garde-magasin qui, parfois, en accord avec le directeur, a la tentation facile de truquer ses comptes, d’établir de fausses déclarations d’entrées et de sorties de marchandises, comptant, par exemple, 12 pattes à des barres de fer qui en comportent 18, inscrivant 10 sols le prix d’une poule achetée 8 sols, utilisant de faux poids ou laissant ses magasins à l’abandon, rats et vermines rongeant les cuirs.

Pour mieux dépister le trafic illicite, tous les bagages sont visités à l’arrivée et au départ. Ce qui n’a pas été déclaré, est saisi. La fraude dépassant une certaine importance, la sanction peut entraîner la perte totale du salaire et même l’exclusion de la Compagnie. La délation est favorisée. Les délateurs récompensés.

On réduit le personnel. Le directeur de Gorée ne dispose plus que de 13 compagnons dont 2 chirurgiens, chiffre qui diminuera encore deux plus tard, 11 matelots et 11 ouvriers sont cependant aidés de 64 manœuvres africains. L’embauche européenne est de plus en plus réticente à s’exiler si loin et dans des conditions de vie si austères. Des menaces de guerre se précisant avec l’Angleterre, c’est bientôt la guerre de Succession d’Autriche, 40 hommes de troupe défendent les forts.

Fréquemment aussi, les employés ou anciens se plaignent de l’incapacité des nouveaux arrivés, envoyé trop souvent par protection, sans tenir compte de leur valeur professionnelle, exigeant des postes à leur convenance ou s’entendent entre eux pour tromper leurs supérieurs.

Oisiveté, ivrognerie, brutalité, libertinage, enjeux auxquels on abandonne, lit, habits, perruque, souliers, sont fréquents. «  Tant que vous nous chargerez de libertins et de gens à lettres de cachet, écrivait à Paris, en 1725, le directeur de Saint-Robert qui n’était pourtant pas un ange, il n’y aura jamais de tranquillité où ils seront ». On va même jusqu’à consulter les sorciers du continent.

mardi 10 juillet 2007, a 21:43
UN VILLAGE A GOREE

  L’île où manquent cependant les chaussures, connaît une certaine prospérité. Le personnel européen et africain ne cesse d’augmenter. En 1725, avec l’aumônier, le chirurgien et garde-magasin, les commis principaux et subalternes sont 17 autour du directeur local. Gorée compte aussi 14 matelots, autant d’ouvriers, 25 hommes de troupe sous les ordres d’un officier et d’un ingénieur, et de nombreux auxiliaires africains. Une quarantaine de cases se regroupent entre les deux forts, près du puits d’eau saumâtre. Certaines s’entourent d’un enclos.

Le plan de l’île du sieur Compagnon, probablement l’ingénieur de la concession, reproduit le plan Wallon de 1723, améliorant le dessin, signalant la présence de la chapelle dans le fort Saint-François et l’adjonction d’une forge à la boulangerie. Le retranchement face à l’anse demeure en projet. Sur la pointe nord, un colombier avait été dressé. Il est déjà abattu en 1728.

mardi 10 juillet 2007, a 21:41
FUITE DU GOUVERNEUR LA FORE

  Désormais seul à Saint-Louis, Dubellay ne réussira pas mieux à s’imposer dans la concession qu’il dirigera jusqu’en 1725.

Refus d’obéissance et de renouvellement de contrat, désertion et abandon de poste se multiplient. Lassés d’une vie de garnison si terne, des soldats se sauvent au Cayor où ils se font naturaliser « fils de la terre ». Des commis émigrent en Gambie où ils font la traite pour leur compte. Le directeur de Gorée, le sieur La Fore, abandonne son poste où sa mauvaise gestion est patente, et embarque clandestinement, en 1725, à bord d’un navire nantais avec l’aumônier, un commis et 40 esclaves. L’année précédente, il avait pourtant mis en prison dans le fort du Castel un de ses commis, Benoît soupçonné d’intelligence avec les Anglais de Gambie. La fuite de La Fore sera cependant de courte durée, car, à peine hors de vue, le capitaine nantais débarque les trois passagers dans une mauvaise chaloupe munie de quelques vivres, et poursuit sa route avec les esclaves. Les naufragés aborderont à Rufisque et gagneront péniblement Saint-LouisLa Fore passera en jugement. Au contraire, Benoît, son ancien commis, fera encore, 10 ans plus tard, la traite en Gambie pour le compte de la Compagnie.

Le règlement interdisant la présence dans les comptoirs des épouses du personnel marié, les signares jouent déjà un rôle important dans la vie quotidienne de l’île. A la suite de ses prédécesseurs, Dubellay sollicite, lui aussi, l’autorisation d’unions légitimes avec des mulâtresses et entre métis. Il demande l’envoi à Gorée de femmes européennes. « Ces, lui répond-on, auraient la possibilité de commercer pour leur propre compte avec les marchandises détenues par leurs maris ». « Même non mariées légitimement, répond le directeur Delvaux un des successeurs de Dubellay, les concubines des employés supérieurs, pratiquent déjà ce négoce clandestin ». Manquant de personnel compétent, Gorée se résigne à utiliser d’anciens commis ou d’anciens soldats bien installés à leur compte sur le continent.

N’ayant pas sur son personnel le prestige de Brue, Dubellay aggrave les sanctions. La législation de 1714 est renforcée, en 1726, par la création à Saint-Louis d’un tribunal présidé par le directeur général assisté de 4 commis, ayant droit de vie et de mort.

vendredi 06 juillet 2007, a 18:48
PERIODE DE RECESSION

  A cette époque, malheureusement mal connue du fait de la disparition des documents de la Compagnie des Indes, la relative prospérité de l'île décline déjà. Du temps du directeur de Fains, la petite garnison a été réduite à 16 hommes de troupe. Les vivres d'Europe manquent une fois de plus. Les fortifications ne sont pas entretenuses. Le mécontentement est général.

 

Dans le secteur nord de Saint-Louis, la situation est encore plus dramatique. La France y a perdu le monopole de la traite de la gomme péniblement acquis au cours des années précédentes. Les Français n'ont pas su garder l'amitié des Maures, acquise désormais aux Anglais et aux Hollandais, nouveaux maîtres du fort d'Arguin.

Une forte escadre commandée par Périer de Salvert le reprend cependant en février 1721. Mais dès la fin de l'année, les Maures de l'émir du Trarza l'ont réoccupé, après avoir affamé la garnison dont les 26 survivants se réfugient à Saint-Louis.

 

Deux ans plus tard, en 1723, nouvelle tentative de reprise du fort. Le manque d'eau douce oblige le commandant de la Rigaudière et Brue revenu pour la corconstance, à lever le siège pour se ravitailler à Gorée et à Hann avant de regagner la France où Brue rapatrie le directeur général de Saint-Robert.

mardi 22 mai 2007, a 18:11
LE FINANCIER LAW CREE EN 1717 LA COMPAGNIE D'OCCIDENT ET CELLE DES INDES

  En 1717, Law a créée la Compagnie d'Occident pour mettre en valeur la Louisiane, et y développer les plantations de tabac et de canne à sucre, et le commerce des castors. En 1718, cette Compagnie d'Occident, attirée par l'essor de la Compagnie du Sénégal, se l'adjoignait sous la pression du Régent. L'année suivante, elle devenait la Compagnie des Indes, avec le quasi monopole de tout le commerce colonial de la France, en s'incorporant toutes les autres Compagnies commerciales dont celles de Chine et des Indes Orientales.

Sous l'impulsion de Brue, Gorée ouvrait, en janvier 1718, un comptoir à Bitam en Casamance. Rappelé, peu après, à Paris, le directeur général laisse sa place à Desprée de Saint-Robert de bien moindre talent. Desservi par la mauvaise gestion de la Compagnie des Indes, ce dernier réagit maladroitement en attaquant la politique de Brue. Ce qui lui vaut d'être secondé, puis remplacé, en 1723, par un autre directeur général, Dubellay.

En 1720, la place de Gorée est commandée par le directeur Dufour. Elle compte 11 employés supérieurs, garde-magasins, aumônier, chirurgien et aussi 3 matelots, 8 ouvriers, maçons, charpentiers, boulanger, 1 officier et 23 hommes de troupe, et evidemment un certain nombres d'ouvriers et de serveurs africains.

De cette époque, date le plan Wallon (1723). Le cimetière ne se trouve plus sur la pointe noire, mais près de la rive ouest, à l'emplacement de l'actuel Relais de l'Espadon. Il voisine avec l'abattoir. Les cases du personnel domestique africain demeurent à l'angle sud du fort Saint-François, où a été construite une petite caserne en pierres. Un retranchement est prévu, qui protégera la plage, de la pointe nord armée d'une batterie de 3 canons à la batterie Saint-Philippe située de l'autre côté de l'anse à la hauteur du grand jardin. La boulangerie occupe encore l'emplacement de l'ancienne église portugaise. De part et d'autre du petit puits et du sentier qui relie les deux forts, gourmettes chrétiens et Bambaras animistes ont maintenant leurs petits villages. Sur le castel, au sud-ouest du fort Saint-Michel, en bordure de la falaise à pic, a été placé le magasin des poudres. Gorée commence à se peupler lentement de résidents africains.

mercredi 16 mai 2007, a 11:38
REGLEMENT RENFORCE

  Il précise à chacun quel est son salaire et ses avantages. Il rappelle que personne dans la concession ne peut trafiquer pour son compte. Il est interdit de vivre dans la débauche, de s'enivrer, de se quereller, de s'injurier, de se battre. Les privilèges de la hiérarchie sont précisés. La religion catholique doit être pratiquée. Tous doivent être présents à l'appel de la cloche ou du tambour, matin et soir, et se soumettre aux ordres du directeur général ou de son délégué. Les tarifs fixés par la Compagnie doivent être strictement appliqués. Les relations avec les africains et les villages du continent sont contrôlés par le responsable de la concession. Enfin les fautes sont sanctionnées par amendes, mise aux arrêts, privation de gages, révocations ; sanctions sur lesquelles dans son réglement Brue n'insiste cependant pas, préférant s'imposer à ses subordonnés par son propre exemple.

A la mort de Louis XIV en 1715, le duc d'Orléans devient régent. Il prend comme contrôleur général des finances le célébre financier Law qui, après avoir suscité dans le monde des affaires, un engouement extraordinaire, doit fuir hors de France, en 1720, à la suite d'une effroyable banqueroute.

mercredi 16 mai 2007, a 10:46
LA COMPAGNIE DU SENEGAL DITE DE ROUEN, 1709

  Le groupe parisien d'Appougny connaissant dans sa gestion les mêmes difficultés financières que ses prédécesseurs, difficultés aggravées par la longue guerre de la Succession d'Espagne (1701-1713), une 7e Compagnie est créée, en février 1709, par des armateurs et des commerçants de Rouen sous la direction de sieur Mustellier.

Les premières années de la nouvelle Compagnie sont d'autant plus difficiles que la guerre éprouve les ports de France. Marchandises de troc et denrées européennes ne parviennent qu'au compte goutte dans la petite île isolée, plongeant dans l'aigreur garnison et petits commis.

Les employés venus de France continuent à être trop souvent de médiocre qualités, dénués de savoir-faire ou de valeur morale envoyés par protection où parce qu'indésirables chez eux. A Gorée, sous le soleil d'Afrique, les déficiences ne font que se développer et dans les comptoirs de la côte, la situation est loin d'être meilleure.

Le personnel est de plus très instable. Décés, maladie, révocation et même fuite et désertion sur le continent sont monnaie courante. Si le directeur sollicite le retour d'un bon employé dont le contrat de deux ou trois ans est arrivé à terme, il voit parfois, au contraire, lui revenir, renvoyé par un puissant protecteur, un misérable qu'il à expulsé. Le besoin de bons ouvriers est tel, qu'il sont quelque fois maintenus dans l'île leur contrat terminé.

En 1713, le traité d'Utrecht sanctionne heureusement la fin de la guerre. La prospérité revient lentement dans l'île avec son énergique directeur de Fains (1713 - 1717) qui lance contre les interlopes commerçant sur les côtes, tous les vaisseaux armés dont il peut disposer. Elle revient surtout dès l'année suivante avec le retour d'André Brue à Saint-Louis. Les forts sont réparés, de nouveaux magasins sont construits. Brue remet de l'ordre dans les concessions en renforçant une fois de plus le réglement. Pour lui donner plus d'autorité, ce réglement promulgué en 1714, l'est au nom "du roi et des seigneurs de la Compagnie royale du Sénégal et côte d'Afrique"

lundi 23 avril 2007, a 19:44
LE BAROUD D’HONNEUR DU GOUVERNEUR DE BISSAO

  Déjà, du temps du gouverneur Bourguignon, en 1687 et 1688, les Français avaient fait la traite à Bissao. La guerre de la Ligne d’Ausbourg avait réduit à peu de chose leur commerce, et le comptoir de Bissao avait été abandonné, avant même le retour de Brue en 1697.

Dès janvier 1699, ce dernier y renvoie le commis principal Castaing et un personnel important. Peu après, Castaing est de retour. La maladie a décimé son équipe. L’hostilité des Portugais qui, à Bissao, se croient chez eux, entrave son commerce. Brue ne s’avoue pas vaincu. Le 9 mars 1700, il est lui-même à Bissao, fait étalage devant son empereur de la puissance française et de la richesse de ses marchandises. Et, malgré l’intervention de Dom Rodrigo d’Oliveira d’Alfonso, gouverneur du fort portugais de Bissao, lui démontre son intérêt de traiter avec deux nations, plutôt qu’avec une seule. Si bien que les dieux consultés, un sacrifice offert à l’arbre protecteur, l’empereur acquiesce à tous les désirs d’André Brue. Il établira son comptoir et ses dépendances où il voudra. Une alliance éternelle est scellée entre Bissao et la France.

Dès le lendemain un comptoir sort de terre, sous la forme d’une petite forteresse protégée par un fossé et deux rangées d’épineux.

Pendant la construction qui demandera un mois. Brue explore le pays et ses possibilités. Il s’assure l’amitié du gouverneur portugais qui lui fait les honneurs de son fort tellement délabré qu’il sera abandonné et rasé en octobre 1703.

Le dernier dimanche qui précède son départ, il assiste avec le gouverneur à une messe solennelle célébrée dans l’église paroissiale de Bissao par un des religieux récollets du monastère proche de l’église. Brue est tout heureux d’apercevoir derrière l’autel un tableau portant les armes de la Compagnie française, d’argent semé de fleurs de lys d’or encadré par deux noirs et surmonté d’une couronne tréflée. Il y voit la preuve de l’ancienneté du commerce français à Bissao. Puis il rend une dernière visite à l’empereur devenu son ami. Le directeur Castaing et 6 commis sont maintenant installés dans le comptoir forteresse.

Lorsqu’il fait ses adieux au gouverneur, celui-ci, dans une sorte de baroud d’honneur et pour se justifier auprès de son gouverneur, lui remet solennellement une lettre de protestation contre l’établissement à Bissao du comptoir français.

Le 31 avril 1700, Brue regagne Gorée, puis Saint-Louis d’où il repart, peu après, pour visiter la Casamance, en vue d’y établir aussi un comptoir.

En juillet 1702, il est rappelé en France et devient à Paris le directeur général de la Compagnie.

A Gorée, les directeurs de la Combe, puis Castaing, puis de Fains succèdent au directeur Bourguignon.

lundi 23 avril 2007, a 19:43
L’AMITIE DU DAMEL

  A Rufisque où il rencontre volontiers le roi de Cayor, leur amitié connaîtra de mauvais jours, en particuliers à propos d’un lit à la dernière mode et d’une cuirasse que convoite le Damel.

 

Brue regagne Saint-Louis par voie de terre, devançant des bateaux partis de Gorée en même temps que lui. Il lui a fallu cependant 12 jours de route avec son imposante escorte de 15 cavaliers et de 15 laptots à dos de chameaux, obligé qu’il était de s’arrêter à Macaye, village royal et dans une métairie de signora Catti.

Arrivé à Saint-Louis, il apprend que son ami, le Damel, qui règne  aussi sur le Baol, traite à Portudal avec un bateau anglais, alors qu’il a obtenu de lui le monopole du commerce sur la Petite-Côte. Revenu en hâte, il s’empare du vaisseau anglais pourtant armé de 20 canons, l’emmène à Gorée où il est déchargé de son importante cargaison d’esclaves. Fureur du Damel que calme cependant sa propre mère mise par Brue dans son jeu.

Malgré les promesses du roi,  Brue n’ignorait pas que ses comptoirs de la côte demeuraient exposés aux convoitises des villageois. Aussi ne les approvisionnait-il qu’en petites quantités et en marchandises de qualité inférieur. La vraie traite, il la voulait à Gorée même. Ce qui déplaisait aux notables du continent et aussi aux directeurs de Paris et à certains de ses commis.

En 1701, la guerre de Succession d’Espagne, rend encore plus aléatoire la protection de ces comptoirs, les escadres anglaises apparaissant aussitôt sur la côte. Espérant amadouer Damel et notables. Brue vient à Rufisque présenter ses meilleures marchandises. Pensant être reçu en ami, seuls deux commis l’accompagnent. Il est immédiatement entouré par la garde royale, désarmé et fait prisonnier, de même que tout les Français de Rufisque et de Hann. Ses marchandises sont pillées.

12 jours plus tard, il suffira de l’arrivée devant Rufisque de plusieurs bateaux français armés, dont 2 navires de guerre, pour que les otages soient libérés. Mais Brue doit verser une rançon de 20.000 livres.

Il se venge aussitôt en renforçant la surveillance des côtes et en interdisant de nouveau toute vente de marchandises. Il prépare une vengeance encore plus sévère, lorsqu’il est remplacé, le 1er mai 1702, par Louis Le Maître durant 5 ans, puis part de La Courbe.

dimanche 08 avril 2007, a 10:35
ANDRE BRUE

  Corker, le nouveau directeur de la Compagnie royale d'Angleterre, tente, alors, d'évincer le commerce français de la Gambie. N'y parvenant pas, il se résigne à demander à Brue, en échange de la traite française en Gambie, un comptoir anglais à Joal. Brue ne s'y prêtant pas, les deux directeurs s'efforcent, malgrès l'opposition de certains capitaines de vaisseaux anglais, de trouver un terrain d'entente favorable à leurs deux commerces. Corker est malheureusement bientôt remplacé et son successeur subit l'influence des capitaines.

Dès son arrivée à Gorée, Brue a estimé "les deux forts dans un état à faire pitié : la forteresse sans parapet. Les canons sans affût, les maisons en ruines. Le commerce ruiné. Les magasins découverts et presqu'abattus. Les commis réduits à une si grande extrémité, qu'ils avaient été obligés de vendre les gonds et les verrous des portes pour avoir du mil".

Son inspection confirme, presque mots pour mots, celle de Ducasse en 1687.

Il restaure donc le fort Saint-Michel, lui donnant la forme d'un losange flanqué de deux bastions. Ses très hauts murs de pierres enrobées dans le ciment sont armés de 16 canons et protégés par 3 batteries en fer à cheval disséminées sur le pourtour du castel et armées chacunes de 8 pièces de canons.

Il renforce aussi le fort Saint-François, dont les modestes remparts de pierres et de terre, protégent mal la chapelle, les logements du directeur, des officiers et des commis, les casernes et les captiveries. Il relève l'armement des demi bastion face à l'anse de débarquement et celui des batteries en demi lune qui défendent l'entrée de la plage. Plusieurs tentatives anglaises se heurteront bientôt à ces défenses.

dimanche 08 avril 2007, a 10:34
PRISE DU FORT ANGLAIS DE GAMBIE

  Peu avant la signature du traité de Ryswick, le gouvernement royal avait décidé de venger l’occupation, en 1693, de Saint-Louis et de Gorée par les troupes du fort Saint-James. Six navires du roi, portant 720  hommes et 120 pièces de canon, quittaient La Rochelle, le 3 juin 1695, à destination de la Gambie, sous le commandement du comte J.B. de Gennes. Arrivée en rade de Gorée le 3 juillet, l’escadre se repose en attendant quelques retardataires. De Gennes en profite pour faire défiler ses bâtiments de guerre le long de la côte. Il donne à son bord une réception magnifique en l’honneur des chefs de Hann et de Rufisque et d’une certaine signora Catti, métisse bien connue sur la côte sous le nom de « gouvernante » de Rufisque. La garnison du fort anglais, signale-t-on à de Gennes, ne doit guère opposer forte résistance, affaiblie qu’elle est par la maladie et le manque de nourriture européenne.

Au témoignage d’un officier de l’escadre, la population de Gorée se limite encore, à cette époque, à une centaine de militaires, commis et ouvriers français, et à quelques familles de serviteurs africains, possédant déjà eux-mêmes des esclaves de case. Un plan de l’île signale quelques cases africaines sous le rempart sud-est du fort Saint-François.

Le 22 juillet, les navires de Gennes pénètrent dans la rivière de Gambie, arborant en ruse de guerre le pavillon britannique et saluant de 3 coups de canon, selon la coutume anglaise, le village du roi de Barre situé à son embouchure. Ils mouillent à une petite lieue du fort qu’encerclent immédiatement les petites embarcations du bord, afin d’empêcher l’arrivée des secours.

Le lendemain, un émissaire français, négocie la reddition du fort. Quelques jours de réflexions sont demandés, que le comte de Gennes réduit à quelques heures. La bataille s’engage. Aux premiers coups de canon, le fort se rend. La garnison est renvoyée en Angleterre. Le lieutenant de Gennes, le commandant de Fontenay, prend possession du fort et d’un abondant butin en esclaves, cire, ivoire et marchandises de traites. Il embarque tout son armement et sauter le fort, privant, par là même, la Compagnie du Sénégal de cette base fortifiée en pays si fertile.

De Gennes rentré en France, le sieur Bourguignon, dès septembre 1696, puis André Brue, en août 1697, vont s’efforcer de profiter de l’abondante traite de la Gambie. Ils y installent, des comptoirs et réaménagent celui d’Albréda. Mais, en octobre 1697, la paix de Ryswick rend les ruines du fort Saint-James à l’Angleterre.

dimanche 08 avril 2007, a 10:31
LES ANGLAIS A GOREE, EN FEVRIER 1693

  Sachant l’état désespéré dans lequel se trouvaient les deux garnisons françaises, Booker, le gouverneur du fort Saint-James de Gambie, avait convaincu les dirigeants de sa Royal African Company, créée en 1672, de la possibilité de s’emparer des deux îles. Avec l’aide d’un officier français prisonnier de « L’Heureux », qui leur facilite le passage de la barre du fleuve, les Anglais sont maîtres du fort Saint-Louis le 1er janvier 1693. Le 4 février, leurs deux navires, « L’Amérique » et « L’Anne », atteignent Gorée durant la nuit, débarquent en silence la troupe d’assaut qui ne réveille les sentinelles et garnisons des deux forts que les remparts déjà franchis.

Avec ses 27 compagnons, le directeur se rend. Booker démantèle les forts, embarque canons, munitions et marchandises, incendies les ruines et regagne la Gambie avec ses hommes.

Ces nouvelles connues en France, La Courbe qui s’y trouve, prépare la reprise des deux îles. Avant que ses préparatifs ne soient terminés, le « Léger » a quitté La Rochelle, en mai 1693, ayant à son bord les deux directeurs de Saint-Louis et de Gorée, Chambonneau et Bourguignon, qui ignorent la capture de leurs îles. Arrivés devant Saint-Louis, le 28 juin, trouvant le fort entre les mains des Anglais, ils gagnent Gorée, s’y installent, réparent le fort Saint-François, et, apprenant la faiblesse de la garnison anglaise de Saint-Louis, réduite à 16 hommes, le capitaine Bernard, chef du détachement militaire, décide de reconquérir le comptoir. Ce qu’il réalise sans difficultés à la fin du mois de juillet, délivrant, en même temps, un certain nombre de prisonniers français.

Enhardi par ce succès, il voudrait aussi s’emparer du fort Saint-JamesBooker vient de décéder. Mais son navire faisant eau, son équipage étant fatigués, il y renonce.

Saint-Louis et Gorée sont donc revenues entre les mains de la Compagnie. Gorée a retrouvé son personnel habituel, directeur et plusieurs commis, officiers et deux sergents, aumônier et chirurgien, une quarantaine de soldats, plusieurs ouvriers et matelots, et aussi du personnel africain. Mais, en France, la situation financière ne cesse de péricliter. Un apport nouveau n’a pas enrayé la crise. En 1692, la Compagnie du Sénégal présente au gouvernement royal un bilan si désastreux qu’autorisation lui est donnée, le 28 juin, « de faire la vente dudit Sénégal, Gorée et lieux en dépendants ». En 1694, d’Appougny, l’un des principaux associés, offre à ses collègues de prendre lui-même en charge l’entreprise, moyennant certaines conditions qui lui sont accordées.

Deux ans plus tard, le 28 janvier 1696, il crée, avec d’autres partenaires, une nouvelle société qui, le traité de Ryswick mettant fin à la guerre de la Ligue d’Augsbourg en octobre 1697, ne briguera plus, comme les précédentes, le monopole du commerce. De cette nouvelle société, Brue sera, dès août 1697, à Saint-Louis, le directeur général.

dimanche 08 avril 2007, a 10:30
GOREE ET LA GUERRE DE LA LIGUE D’AUGSBOURG

  Nouvelle difficulté ! La guerre de la Ligue d’Augsbourg.

Si la Courbe a renforcé les défenses de Gorée, en faisant reconstruire le fort Saint-Michel, ce qui permet de résister à une attaque hollandaise, les pertes en mer sont, de suite, importantes. « L’Aurore » est capturé par les Hollandais, tandis que les Anglais s’emparent de deux autres navires dont la « La Sirène ». La Compagnie ne trouve plus de navires à affréter. « Le Sénégal, écrit La Courbe en 1691, est réduit dans un état misérable par la négligence des intéressés. » L’année suivante, en 1692, un seul bateau atteindra Gorée, « L’Heureux » qui sera bientôt capturé.

Pour ravitailler Gorée affamée, la Compagnie charge de vivres « Le Dragon » que prête le gouvernement royal. Avant qu’il n’ait quitté la France, les Anglais sont maîtres de Saint-Louis et de Gorée.

jeudi 05 avril 2007, a 21:26
LA COMPAGNIE ET SES DIFFICULTES

  Bien que déjà mal en point, la Compagnie pense se rétablir en augmentant le nombre de ses navires. En plus de 5 vaisseaux de 130 à 300 tonneaux qu’elle possédait avant 1685, elle en afferme 10 nouveaux. Les résultats demeurent pourtant décevants. Les Antilles se plaignent de ne pouvoir même pas remplacer les esclaves défunts par un nombre égal de nouveaux venus.

Envoyés en inspection en 1687, Ducasse affirme à son retour : « Gorée est dans un état à ne pouvoir se défendre contre une chaloupe. La forteresse sans parapet éboulé à plusieurs endroits. Tous les canons sans affût, le plus souvent sans poudre ni aucunes armes. Les maisons en ruines. Le commerce totalement ruiné. On ne fournit que le quart des cuirs qu’on fournissait en 1676. Le reste des affaires y est sur le même pied. Le Sénégal est à peu près au même état à l’égard du commerce. Il a déchu de plus de la moitié, d’autant qu’il n’est pas surprenant de voir le désordre qui leur arrive par leur mauvaise conduite. Il manque ordinairement des meilleures marchandises et ne sont jamais assorties. »

En juin 1688, la Compagnie demandera, sans l’obtenir, la protection royale contre les réclamations de ses créanciers. Bientôt, elle apprend la perte d’un vaisseau de 300 tonneaux en baie de Cadix et d’un autre sur les côtes d’Angleterre, chargé de 100.000 livres de marchandises venant d’Afrique.

Pour remédier au mal, elle a renforcé, en janvier 1688, le règlement de ses comptoirs. Jeux d’argent, ivrognerie, fréquentation du personnel féminin, commerce privé, sont sévèrement interdits, sous peine parfois de révocation. Le culte catholique doit être suivi régulièrement. A l’appel de la cloche, de jour et de nuit, tous doivent se rassembler à l’entrée du fort. Ni les gourmettes ni les esclaves des noirs libres ne peuvent être envoyés aux îles comme captifs. La garde relevée toutes les trois heures, veillera de jour et de nuit à la défense du fort.

Mais déjà, La Courbe en 1685 et François en 1687 avaient perdu leur peine en s’efforçant de faire respecter le règlement.

En cette même année 1688, Chambonneau, le directeur de Saint-Louis, propose une solution au marasme du commerce, la mise en valeur agricole de la vallée du Sénégal et du littoral de la Petite-Côte, de la presqu’île du Cap Vert à Portudal. Sa suggestion n’est pas retenue.

lundi 02 avril 2007, a 22:06
8 MOIS AU LARGE DE LA PETITE-COTE

  Depuis si longtemps en mer son équipage est fatigué ; ses deux médecins sont malades, sa chaloupe doit être réparée. La mauvaise saison des tornades est arrivée. A plusieurs reprises, la tempête a déjà rompu les câbles des ancres qu’il faut aller rechercher au fond de la mer. Il est temps de regagner la France, ne serait-ce que pour ne pas alourdir encore le prix déjà très onéreux de son affrètement.

L’ordre de revenir en ligne directe arrive d’ailleurs de Paris. « L’Amitié » remplit ses cales de cuirs et d’ivoire, et lève l’ancre, le 8 septembre, avec un équipage que le scorbut décimera en cours de route. Avec des vents toujours contraires, le voyage est exténuant. Les vivres frais sont épuisés. Un navire hollandais peut heureusement céder quelques caisses de citrons. Le 13 novembre 1685, le bateau aborde enfin une île d’Angleterre, puis Le Havre où il décharge sa cargaison, enfin La Rochelle, son port d’attache.

Sa cargaison sera d’ailleurs saisie par les créanciers que la Compagnie ne peut payer.

vendredi 30 mars 2007, a 23:11
« L’AMITIE » A SAINT LOUIS ET SUR LA PETITE-COTE.

  En 5 jours, Guillemin gagne Saint-Louis. Un coup de canon signale son arrivée. Envoyée à la hauteur de la barre, sa chaloupe revient avec un nageur portant les instructions du sieur Chambonneau. Les captifs lui seront envoyés, la mer redevenue calme, qui casse les câbles des deux ancres du navire.

Enfin, la chaloupe de barre amène les captifs et du mil et repart avec farine et pièces de tissus. Deux jours plus tard, « L’Amitié » est à Gorée qu’elle salue de 5 coups de canon.

En ce 22 mai, le moment n’est pas encore venu de partir à la Martinique. Un contre-ordre est arrivé. C’est la « Catherine » qui gagnera les Antilles avec les captifs. Six matelots de « L’Amitié » sont affectés à Gorée. D’autres sont requis provisoirement pour certains travaux. Le bateau décharge le mil apporté de Saint-Louis, et, après s’être ravitaillé en eau à Hann, embarque futailles en botte et feuillard destiné à emballer certains produits traités par « La Sirène » qu’il part rejoindre, le 20 juin, en compagnie de « La Catherine » commandée par le frère du commandant Basset. Il surveillera, en même temps, la côte où des bateaux interlopes sont signalées, se livrant à une traite clandestine.

En route entre Portudal et le cap de Naze, on aperçoit sur la plage à demi immergée, une chaloupe au fond de laquelle on découvre un sabre. Une rapide enquête révèle que les commis de Portudal ont eu maille à partir avec les habitants du lieu. L’un des deux commis et trois gourmettes blessés sont restés entre leurs mains. L’autre commis a pu s’enfuir à Joal avec une chaloupe. Retrouvé, ce dernier raconte qu’au cours d’une dispute à propos d’une barre de fer, son compagnon et plusieurs laptots ont été assaillis à coup de flèches empoisonnées. Lui a pu s’échapper.

Prévenu, le commandant du fort donne à « La Catherine », l’ordre de revenir à Gorée. « L’Amitié » doit continuer sa route, livrer à « La Sirène » le matériel qui lui est destiné, et charger captifs, cuirs, ivoire, et cire, et, pour l’équipage, mil, eau, vivres fraîches et bois de cuisine. De retour à Gorée, le 12 août, « L’Amitié » jette l’ancre au milieu de 3 autres bateaux de la Compagnie.

vendredi 30 mars 2007, a 23:10
PERPLEXITE DU DIRECTEUR

  Au fort, en prenant connaissance des lettres, Truffaut se rend compte, avec un certain dépit, que navire et cargaison sont adressés au seul commandant Basset que l’on sait cependant en congés en France, sans nulle mention de l’intérimaire. « L’Amitié » attendra donc tout d’abord, que soit terminé l’inventaire des 3 bateaux capturés. Ce qui laissera au commandant Basset le temps d’arriver.

En février 1685, 6 bateaux se trouvent donc en rade de Gorée.

Malheureusement, le temps passe, et, en fin février, le commandant Basset n’est toujours pas de retour. Que faire, puisque les lettres de la Compagnie ne parlent que de remise des marchandises entre ses mains ? Le bateau ne peut s’éterniser en rade. On décide d’attendre encore jusqu’au 8 mars. Alors, en l’absence de Basset, Guillemin remettra ses marchandises à Truffaut qui lui en donnera un reçu. Puis « L’Amitié » partira avec la « Siréne », relever le comptoir d’Albreda en Gambie, payer au roi de Barre qui commande le territoire, le tribut habituel, et renouveler les liens d’amitié avec la Compagnie royale d’Angleterre au fort Saint-James.

Basset toujours absent, les premiers jours de mars écoulés, « L’Amitié » et « La Sirène » partent en Gambie.

A son retour à Gorée, au soir du 3 mai, amenant quelques captifs achetés à Albreda, le commandant Guillemin trouve sur la plage le commandant Basset qui l’entraîne au fort et lui communique, en dînant avec lui, les dernières instructions de la Compagnie.

Il mènera à la Martinique tous les captifs disponibles. Son navire y sera chargé de sucre de bonne qualité et reviendra en France, réalisant ainsi la classique traversée triangulaire. Mais, auparavant, il lui faut réparer son mât de perroquet, se procurer des vivres frais pour son équipage, se rendre à Saint-Louis charger quelques captifs et livrer à son commandant Chambonneau de la farine et diverses marchandises attendues avec impatience.

vendredi 23 mars 2007, a 23:22
LE VOYAGE DE "L'AMITIE"

  L'un d'eux, "L'Amitié", frégate de 180 tonneaux, armée de 12 pièces de canon et de 8 pierriers, commandée par le commandant Guillemin, assisté d'un lieutenant et de 3 pilotes, ayant à bord 2 chirurgiens, des canonniers, des charpentiers et 25 matelots, quitte la Rochelle, le 14 janvier 1685. Il porte à Gorée des marchandises de traite, soit 200 barils d'eau-de-vie, des caisses d'armes et de tissus, des barils de poudre, des tonneaux de quincaillerie, de chaudronnerie et de verroteries, des barres de fer et des planches, et aussi du ravitaillement, en particulier de la farine. La traversée est heureuse. Dans la nuit du 7 février il est au large de Gorée et jette l'encre, le lendemain matin, dans sa rade par 10 brasses d'eau.

S'y trouve déjà "La Sirène", un autre navire de la Compagnie, qui le salut de 7 coup de canons qui lui seront rendu. Même marque de révérence au fort qui rend la politesse. 4 petits bateaux dont 3 sont des prises de guerre, saluent à leur tours de 5 coup de canons le nouvel arrivant qui répond par une salve générale.

Pendant ce temps, un officier du fort est monté à bord. Il invite le commandant Guillemin à venir présenter ses lettres de commission au commandant intérimaire Truffaut qui remplace le commandant Basset dont on attend le retour de France.

vendredi 09 mars 2007, a 16:39
FAILLITE DE LA COMPAGNIE : 1684

Ecrit sur la photo : En 1816, les anglais fondèrent la ville de Bathurst (Banjul) sur la rive gauche de la Gambie avant le coude de l'embouchure. Le fort St-James fut alors abandonné. En 1857, la France échangea  Albreda contre Portendick que revendiquait l'Angleterre. Ruines du fort.

 

La politique de Ducasse, baisse des prix d'achats, exclusivité du commerce de la Compagnie française, diminution du commerce des cuirs au profit de la traite des esclaves, n'a pas emporté les résultats désirés. Le nombre des esclaves prévus dans les contrats, n'a pu être fourni aux galères royales ni aux plantations des Antilles. Les Luso-Africains, principaux courtiers des cuirs, ne trouvant plus leurs avantages avec les Français, désertent la Sénégambie et se regroupent dans les Rivières du Sud, tarissant le commerce des cuirs. Se sachant loin de tout contrôle supérieur, le personnel de l'île, fait, sans la moindre honte, chacun à son échelons, passer son intéret personnel avant celui de la Compagnie qui trop souvent envoie comme soldats des brigands, et comme commis des incapables, si bien qu'en 1681, la Compagnie doit être renflouée par de nouvelles souscriptions qui n'empêchent pas, en 1684, une faillite définitive.

Les négociants de France qui traitent avec la Compagnie, se plaignent même que "si un de leurs bateaux va à Gorée pour y faire en passant de l'eau et du bois ou pour prendre des vivres frais, le Directeur et les commis mettent toute leur industrie à les vexer et fatiguer, à leur tendre des pièges et même à les saisir et arrêter sous des prétextes spécieux".

Durant son séjour, M. Dancourt, a fait construire une captiverie au centre de l'île, entre le port et le castel, à côté d'un puit d'eau légèrement saumâtre. Plus près de la plage, un jardin est créé en 1678 ; peut-être existait-il déjà du temps des Hollandais. Bien arrosé, il procure légumes et fleurs.  Il sera agrandi en 1745.Entre le jardin et la mer, un autre puit donne aussi de l'eau saumâtre, tandis que, derrière le castel la petite source fournit aux meilleurs jours une centaine de litres de très bonne eau. Sur la pointe nord, en bordure de l'anse, comme du temps des Hollandais, le cimetière.

Une nouvelle Compagnie du Sénégal est fondée. Le roi lui supprime le monopole de la traite accordé à la précédente le 21 mars 1679. "Défense est faite aux intéressés en ladite Compagnie du Sénégal, de troubler et empêcher les autres sujets de sa Majesté dans le commerce et la traite qu'ils feront aux Costes de Guinée, depuis la rivière de Gambie jusqu'au Cap de Bonne Espérance".

Malgrès l'échec de la Compagnie, le mouvement des navires sur la côte était cependant demeuré relativement important.

jeudi 08 mars 2007, a 21:41
GOREE A FAIM

  Le mil si nécessaire pour les esclaves, le personnel africain et parfois même européen, doit maintenant venir de Gambie. Jamineau s'y rend à bord du "Conquis", capturant en route un bateau marchand courlandais, "La Sirène", que des marins du "Conquis" ramènent à Gorée. Mais, quand lui-même revient dans l'île, c'est pour y trouver nouvellement arrivé, l'inspecteur Dancourt qui lui notifie sa destitution pour malversation.

Dancourt décide aussi d'écarter le Hollandais Van Doorn, décidemment trop gênant sur la Petite-Côte. Le capitaine de Monségur, commandant "La Catherine" arrivée depuis peu à Gorée, s'assurera de sa personne et le ramenera prisonnier. Mais, c'est le capitaine, lui-même, qui est capturé par un métis portugais, André, hostile à Ducasse depuis 1679. Monségur pourra s'évader. En juillet, il reviendra, à la Pointe Sarène, avec une trentaine d'hommes, s'emparer du métis André, et ramènera à Gorée sa tête qui sera exposée sur un pal à l'entrée du fort Saint-François. La Compagnie veut montrer qu'elle est toujours la plus forte.

Assez curieusement, à cette époque, les principaux officiers de l'île sont de religion protestante. Ne pouvant s'entendre avec eux, un des aumôniers, le Père Mindelet, retourne en France, le 14 avril, par le "Saint-Maurice".

Au début de juin, " Le Conquis" a capturé dans la rivière de Gambie un bateau portugais chargé de 250 captifs. Le commandant du "Conquis" confie le bateau à son second et ramène lui-même sa prise à Gorée. Quelle n'est pas sa stupéfaction de constater, les captifs débarqués, que le personnel de l'île pille sans vergogne l'intérieur du bateau, avant de le renvoyer aux îles du Cap-Vert.

L'île toujours privée de denrées européennes, "Le Conquis" part de nouveau en Gambie chercher du ravitaillement. C'est l'occasion pour les officiers du bord de se livrer à des chasses fructueuses, biches, lièvres, perdrix et pintades abondent dans ces parages, et déguster à la table du gouverneur du fort Saint-James, force verres de punch.

Peu après son retour à Gorée, le 2 juillet, "l'Etoile d'Or" apporte enfin de France le ravitaillement désiré.
Après avoir admiré la belle ordonnance du fort de la Compagnie commerciale anglaise, son allure militaire, la solidité et la netteté de ses remparts et de son armement, les officiers du "Conquis" ne peuvent s'empêcher d'y comparer le fort Saint-François,capable tout au plus de résister aux guerriers de la presqu'île du Cap-Vert. Les murs du fort sont en  partie écroulés. Certains des 24 canons sont privés d'affût ou même à moitié enfouis dans le sol.

jeudi 08 mars 2007, a 21:17
"LE CONQUIS"

  En ce début de l'année 1682, un bateau de la Compagnie, "Le Conquis" a amené à Gorée deux savants de l'Observation de Paris, les sieurs Varin et Des Hayes qui, du 24 mars au 4 juillet, vont étudier dans le ciel de Gorée les sattelites de la planète Jupiter, Le directeur de Gorée, Jamineau, profite du "Conquis" pour prospecter la Petite-Côte en vue d'acheter des cuirs dont il veut remplir les cales du bateau. Il revient bredouille. Les Hollandais qui trafiquent sur la côte sous la direction de leur commis principal, Van Doorn, ont réussi, avec la complicité des Lancados, eux aussi mécontents des Français, à persuader les Africains de lui refuser cette vente. Les prix offerts estiment-ils, sont insuffisants. En même temps et pour la même raison, ils boycottent ey houspillent comptoirs et commis français.
La situation est particulièrement délicates à Rufisque. Pour se venger et tenter d'amener la population à plus d'aménité, Jamuineau a déjà fermés à plusieurs reprises le comptoir, obligeant les amateurs de produits français à se déplacer à Gorée. La menace demeurant sans effet, la fermeture du comptoir est de nouveau décidée. Définitive cette fois. Afin de parer à toute opposition, le départ des employés et l'enlèvement du magasin et de ses marchandises ont lieu de nuit.

jeudi 08 mars 2007, a 20:55
VENGEANCES ROYALES ET BOUDERIES SUBALTERNES

  A la suite du diffèrend qui a opposé Ducasse aux rois de Cayor, du Baol et du Sine, ces derniers ont privé l'île de son ravitaillement en vivres et en eau douce fournie par l'aiguade proche de Hann. Privations d'autant plus ressenties que les navires assurant l'intendant ont du retard. Farine, vin, savon, manquent et cela depuis des semaines, provoquant le mécontentement des soldats et des employés, les premiers à être réduit à la portion congrue. On se rattrapera avec excés, quand le bateau arrivera. Dans cet isolement et cette vie renfermée et souvent désoeuvrée, naissent facilement disputes, jalousies, brimades, d'autant que les salaires sont payés en partie par de l'alcool.

Bien que ce soit strictement interdit, les employés supérieurs, le gouverneur même à l'occasion, ont tendance à faire du commerce pour leur propre compte avec la complicité des capitaines de vaisseaux et l'aide africaine du continent. Paris est loin. S'ils ne peuvent les imiter, les commis subalternes ne se gênent pas pour falsifier les écritures à leur profit.

A quoi dans cette île consacrer son temps libre ? Les officiers participent volontiers à des chasses sur le continent très giboyeux, même un gros gibier, tout particuliérement dans la forêt de Rufisque. Soldats et petits commis doivent souvent se contenter d'interminable parties de cartes dont les enjeux leur font parfois perdre la totalité de leurs soldes, sinon de leurs biens. Evidemment, on boit beaucoup.

mercredi 07 mars 2007, a 23:16
LA VIE QUOTIDIENNE A GOREE SOUS DUCASSE

  En même temps, Ducasse a installé ses services à Gorée qui, jusqu'en 1686, sera le siège central de la Compagnie.

Chaque matin, le canon ou le tambour donne le signal du réveil. L'appel groupe tout le personnel au pied du pavillon. Un navire est-il en rade, il faut au plus vite le délester de ses marchandises ou du ravitaillement qu'il apporte, et le charger des produits traités, accumulés dans les magasins. Pendant ce temps, les commis tiennent la comptabilité détaillée de ce qui sort et de ce qui rentre. Ils doivent veiller au bon état des magasins, protèger ce qu'ils renferment, en particulier les cuirs, contre la moisissure et les insectes et petits rongeurs.

La garnison veille à l'entretien du fort, maintenant en état son armement et ses remparts attaqués à longueur d'année, par le vent et l'air marin pendant la saison séche, par les tornades et l'humidité durant la saisons des pluies. Elle surveille et encadre les esclaves destinés aux Antilles et enfermés la nuit dans le fort. Le jour, ces derniers déchargent les chaloupes, roulent vers les citernes du fort les fûts d'eau potable venant du continent, amassent et cassent les pierres pour les constructions.

Des pirogues apportent du ravitaillement en riz, en mil, en poisson et en viande qu'on échange contre tissus, barres de fer, armes, alcool ou verroteries. Un petit marché local s'est rapidement créée. On vient aussi de la presqu'île proposer ses services comme aide-charpentier, comme matelots (qu'on appelle gourmettes d'un mot portugais).

mercredi 07 mars 2007, a 22:45
LA HOLLANDE CONTRE-ATTAQUE

  Les Hollandais s'apprêtaient précisement à réagir.

Après avoir dû céder Gorée à l'amiral d'Estrées, Hoppesack était demeuré ou plutôt revenu sur le continent africain avec une partie de ses hommes. Ils y avaient ouvert de nouveaux comptoirs et avaient intrigué contre les Français avec  les rois du Baol et du Sine, leur annonçant l'arrivée imminente d'une forte escadre hollandaise qui allait balayer les Français de Gorée et même de Saint-louis.

Forts de ces assurances, les deux rois font piller les comptoirs français de Portudal et de Joal, et emprisonner leurs commis.

De Gambie où il apprend ces nouvelles, Ducasse revient aussitôt à Gorée, y appelle la garnison de Saint-Louis, et, toutes ses forces réunies, attaque, dès le mois de mars 1679, le Teigne du Baol et le Bour du Sine, pillant et incendiant villages et territoires. Pour l'apaiser, les deux rois sont contraints d'accepter sur 6 lieues de profondeur, l'exclusivité du commerce français. Ils libérent la Compagnie française de tout tribut et de toute redevance.

Cependant, le mois suivant, Ducasse, lui-même, tombe à Rufisque dans un guet-apens. Il est surpris sur la plage avec une faible escorte. S'il peut regagner sa barque à la nage et fuir, il a perdu 14 sur 16 de ses compagnons. Aussi se venge-t-il, dès le lendemain, en confisquant toutes les pirogues du Cayor qui naviguent dans les eaux de l'île. 4 jours plus tard, à la tête de 300 hommes, il débarque à Rufisque dont il incendie les villages. Aux mêmes conditions que le Teigne et le Bour, le Damel du Cayor doit signer la paix.

Ducasse a montré sa force. Il a affermi le monopole de sa Compagnie. Il a su utiliser la place fortifiée de Gorée. Mais il a perdu 6 commis, 30 soldats, 20 matelots et une grosse quantité de marchandises. Pour une assez longue durée, la Petite-Côte est ruinée.

mercredi 07 mars 2007, a 21:36
DUCASSE

  Ducasse continuera la politique commerciale des Hollandais, faisant lui aussi de l'île, l'entrepôt fortifié des produits du continents.

Dans le fort Saint-François aux angles bastionnés, résident la garnison et les commis. Des petits pavillons servent de logements au gouverneur et à l'aumônier et aussi de chapelle, car le réglement de la Compagnie prévoit un aumônier et un lieu de culte dans chacun de ses centres.

Par la force des choses, il en était déjà ainsi du temps des Hollandais, un personnel auxiliaire venu du continent vit de façon plus ou moins fixe dans l'île, manoeuvres, interprêtes, matelots et aussi cuisinières et blanchisseuses. Certains esclaves destinés à la traite, mais nécessaire sur l'île, y sont parfois retenus comme esclaves de cases. Si bien que des unions entre personnel de la Compagnie et femmes africaines vont donner naissance à des métis et à ces futures signares qui contribueront à la célébrité de Gorée.

Sans le savoir, l'amiral d'Estrées avait sauvé la Compagnie d'un grave danger, en s'emparant de l'île.

Découragé par son isolement, par la monotonie et l'austérité de la vie de garnison dans une île désertique, par la difficulté du ravitaillement et les nombreux décés de son personnel, le gouverneur de Saint-Louis, le sieur Fumechon, présent dans son île depuis 1674, entretenait des rapports secrets avec son collègue hollandais de Gorée, le gouverneur Hoppesack. Une petite escadre hollandaise était sur le point de quitter les Pays-Bas pour s'en emparer. D'Estrées l'avait devancée.

Ducasse transforme en comptoirs français les comptoirs hollandais de Rufisque, de Portudal et de Joal, pillés selon la coutume après une défaite, par les gens du Cayor, du Baol et du Sine. Il rentre, en février 1678, sur la "Baleine", rendre compte de la situation nouvelle aux dirigeants de la Compagnie.

Son commerce désormais assuré de débouchés importants, la Compagnie décide d'armer de nouveaux bateaux de 200 à 300 tonneaux. Elle recommande à Ducasse de donner désormais priorité à la traite des esclaves. Et parce qu'on prévoit que les Hollandais ne vont pas demeurer inactifs après leurs défaite, Ducasse est renvoyé d'urgence à Gorée muni de directives précises.

Il lui faut, non seulement garder précieusement les deux îles de Saint-Louis et de Gorée, mais aussi assurer sur le continent le monopole de la Compagnie. Ce qui permettra de baisser les prix. Pour cela, traiter avec les rois de l'intérieur et interdire la traite aux Compagnies étrangères, excepté celle d'Angleterre, et même aux navires français interlopes. Mieux encore, il doit s'assurer la maîtrise de toute la côte depuis le Cap-Blanc, et donc enlever aux Hollandais le fort d'Arguin. Ce qu'il réalisera le 29 août de la même année.

Ducasse était de nouveau à pied d'oeuvre en mai 1678.

 

mercredi 07 mars 2007, a 19:07
PRISE DE GOREE : 1677

  La guerre de Dévolution