A la suite du diffèrend qui a opposé Ducasse aux rois de Cayor, du Baol et du Sine, ces derniers ont privé l'île de son ravitaillement en vivres et en eau douce fournie par l'aiguade proche de Hann. Privations d'autant plus ressenties que les navires assurant l'intendant ont du retard. Farine, vin, savon, manquent et cela depuis des semaines, provoquant le mécontentement des soldats et des employés, les premiers à être réduit à la portion congrue. On se rattrapera avec excés, quand le bateau arrivera. Dans cet isolement et cette vie renfermée et souvent désoeuvrée, naissent facilement disputes, jalousies, brimades, d'autant que les salaires sont payés en partie par de l'alcool.
Bien que ce soit strictement interdit, les employés supérieurs, le gouverneur même à l'occasion, ont tendance à faire du commerce pour leur propre compte avec la complicité des capitaines de vaisseaux et l'aide africaine du continent. Paris est loin. S'ils ne peuvent les imiter, les commis subalternes ne se gênent pas pour falsifier les écritures à leur profit.
A quoi dans cette île consacrer son temps libre ? Les officiers participent volontiers à des chasses sur le continent très giboyeux, même un gros gibier, tout particuliérement dans la forêt de Rufisque. Soldats et petits commis doivent souvent se contenter d'interminable parties de cartes dont les enjeux leur font parfois perdre la totalité de leurs soldes, sinon de leurs biens. Evidemment, on boit beaucoup. |